Chapitre 5 – contre vents et marées

Les ordres de Palmur étaient clairs ; harceler le monde sous-marin, détruire ses récoltes, et s’il le fallait, tuer.
Mais par-dessus tout, empêcher Opéa et Tao de refaire surface.
L’amiral Akbar devait obéir, le sort de sa famille en dépendait.
Il avait été un modèle, dans le passé, pour tous les guerriers du monde terrestre mais que lui fallait il choisir, défendre ce monde qui l’avait tant respecté en tant que Amiral en chef ou plutôt préserver sa femme et sa fille ?
S’il avait pu donner sa vie en échange, il aurait fait mais ça n’était pas le cas.
« La flotte noire » faisait route à l’ouest vers le royaume des mers profondes.
Akbar avait délégué un certain nombre d’opérations à ses capitaines et les nombreux navires de la flotte commençaient à s’entrainer.
Ils jetaient par-dessus bord des tonneaux remplis de poudre noire ; cette poudre avait la faculté en présence d’une flamme, d’exploser.
Les ravages causés par ces déflagrations étaient surprenant.
Les tonneaux, grâce à un mécanisme d’amorçage judicieusement inventé par Akbar, explosaient ainsi au contact du fond sous-marin.

Opéa et Tao continuaient leur descente dans les eaux noires et ils entendirent à peine le bruit des explosions sous-marines. Ils n’en furent pas alarmés pour autant car c’était un phénomène assez courant, les éruptions volcaniques pouvaient créer ce genre de détonation.

Les lumières bleutées du trident d’Opéa et du feu de Drak de Tao se mélangeaient harmonieusement.
Opéa se retourna alors vers Tao et l’embrassa.
Le halo lumineux bleu et rouge ne masquait que partiellement leurs ébats amoureux.
Dans cet amas, se mêlaient la force de Tao et toute la beauté d’Opéa.
Réchauffée par le souffle du dragon, Opéa se laissa transporter par Tao et puis finit par s’endormir...

Une douce lumière commençait à apparaitre.
Tao tenait Opéa dans ses bras qui dormait profondément ; il continuait la descente interminable.
Ils avaient plongé à plus de dix mille mètres maintenant ; ils étaient au fond des mers, tout au fond, à l’endroit le plus reculé du royaume sous-marin, le seul endroit qui n’avait jamais été exploré.
Les petites lumières faisaient place maintenant à de grosses luminescences qui partaient du fond, Tao pouvait maintenant clairement voir qu’il s’agissait d’algues telles des lianes qui remontaient du fond des mers.
Elles étaient nombreuses et formaient, par moment, un véritable rideau qui laissait quand même deviner les formes qui passaient derrière.
De couleurs bleue et verte, les arborescences lumineuses éclairaient à présent tout l’environnement dans lequel Opéa et Tao évoluaient.
C’était magnifique, de minuscules crevettes nageaient au milieu de cette amas, elles étaient transparentes et semblaient décrire une sorte de danse aquatique.
Tout à coup, elles partirent brusquement !
Tao se retourna et réveilla immédiatement Opéa, Il avait vu une ombre passer derrière lui, derrière le mur d’algue, une ombre de la taille d’un grand dragon…

Opéa avait maintenant les yeux grands ouverts.
Ils regardaient à présent ensemble l’étrange ombre passer derrière le rideau d’algue.
Sa taille était gigantesque, Tao avait mal apprécié la grandeur de la chose et il pensait qu’il devait s’agir d’un grand requin.
Ça n’était pas un requin, ça n’était pas un animal, la chose avançait pourtant en faisant un bruit mécanique régulier.
Opéa avait pu compter le nombre de vibrations par minutes, il y en avait environ quatre-vingt. Cela ressemblait à une cavitation comprimée, comme si de minuscules petites bulles d’air venaient à exploser au contact d’une surface en mouvement.
Tao et Opéa s’approchèrent encore et ils virent quelque chose d’incroyable.
Ça n’était pas un requin, ni un dragon des mers mais un navire, un bateau fabriqué par les hommes.
Il avançait lentement et éclairait sa route avec de nombreux flux lumineux qui se situaient à l’avant et à l’arrière.
Il était noir comme la nuit, sa carène était profilée comme un requin, il n’avait pas de quille cependant. Ça n’était pas un bateau destiné à naviguer en surface et ça n’était pas non plus un bateau en train de sombrer.
C’est un navire conçu pour naviguer au fond des mers !
Tao était songeur, une seule personne aurait pu imaginer ou construire une chose pareille.
Une personne qu’il n’avait jamais rencontrée mais de qui il avait tant appris dans les manuscrits de l’académie militaire de la première légion.
Un homme de grande valeur qui avait disparu, il y a de ça de nombreuses années ; l’amiral Akbar…